La cérémonie commémorative départementale de l'hommage aux soldats français morts lors des combats en Indochine et en Corée s'est déroulée ce mercredi 8 juin 2022, à L'Hôpital-Camfrout. 

Intervention de René Rouault du comité du Mémorial

Souvenez-vous, il y a deux ans, j'ai évoqué les missions de la Marine en Indochine avec la constitution des Dinassauts et des flottilles amphibies. L' 'an dernier, ce sont les parachutistes qui furent mis à I' honneur. Cette année, j'ai choisi de parler d'un autre de ces corps prestigieux. Je veux dire LA LEGION ETRANGERE FRANCAISE.  La Légion Etrangère a été créée le 10 mars 1831 par le roi Louis Philippe pour I' employer en Algérie. Après 20 ans de guerre en Algérie, elle s'illustre en Crimée (1854-1855), en Italie (1859), puis au Mexique (1863-1807) où elle livre le fameux combat de l'Hacienda de Camaron de Teida.   Lire la suite


Marc Thyssen, président de l'UNC du Finistère 

Dien-Bien-Phu - 7 mai 1954. Date de la fin de la présence française en Extrême Orient et du début de la décolonisation de I'Empire français. De 1945 à 1954, 100 000 soldats de I'Union Française - tous volontaires comme nos jeunes frères d'armes actuellement - sont morts en lndochine. 76 000 ont été blessés, 40 000 ont été faits prisonniers, 30 000 ne sont jamais revenus des camps de rééducation du Viet - Minh. En ce 8 Juin 2022, alors que le colonelJacques Allaire - une figure, parmi tant d'autres, de cette épopée - et Jacques Perrin, acteur gui a si bien incarné - dans le film la 3 17" section     Lire la suite    


Charles Bizien, Président du comité du Mémorial

Nous sommes réunis, ce jour, pour rendre hommage à celles et ceux qui, il y a70 ans et plus, ont donné leur vie en Indochine et en Corée. Le Finistère, a été l'un des départements, qui a payé le plus lourd tribut dans ces deux conflits, quelque 1250 en Indochine et 15 en Corée. On ne peut dissocier ces deux guerres, des volontaires pour l'Indochine se sont retrouvés directement en Corée en 1950, puis en novembre 1953, après l'armistice signé le 27 juillet 1953, sont revenus en Indochine pour servir pour la plupart au GM 100. 

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Jean-Philippe Setbon, Sous Préfet de Brest

De 1940 à 1954, ce sont près de 500 000 militaires, membres du corps expéditionnaire français en Extrême-Orient, légionnaires, tirailleurs africains et nord africains, réguliers et supplétifs vietnamiens, cambodgiens et laotiens qui ont porté nos couleurs, sans relâche, à l'autre bout du monde. 

Qu'il soit rendu hommage à ces combattants, qui, dans une guerre devenue mondiale, ont maintenu la présence française face aux assauts de plus en plus menaçants de l'occupant japonais ; Aux 2 650 d'entre eux qui périrent le 9 mars 1945, dans le dernier coup de force d'un occupant devenu sans merci ; Aux 3 000 prisonniers qui subirent l'internement et parfois la torture.                         Lire la suite



Diaporama de la cérémonie


Histoire d'un de nos vétérans Jean Keromnes

Jean (90 ans) et son épouse Yvonne Keromnes (89 ans). | GÉRARD VIUDÈS

Indochine. De Tibidy à Diên Biên Phu, le tragique voyage de Jean Keromnes

Pendant près de quatre mois dans un camp de rééducation viet-minh en pleine jungle, sa famille le pensait mort : « C'était le désespoir, on ne savait rien », explique son épouse, à L'Hôpital-Camfrout (Finistère).

Pendant la guerre d'Indochine - qui opposa les Viêt Minh à l'armée Française de 1946 à 1954 -, Jean Keromnes, originaire de L'Hôpital-Camfrout (Finistère) a participé à des missions aériennes dans le secteur de Diên Biên Phu.

Second maître mitrailleur-bombardier

Second maître mitrailleur-bombardier sur un quadrimoteur Privateer, sa vie a basculé le 8 mai 1954 quand son avion a été touché par la DCA (défense contre avions).

Sur neuf membres d'équipage, seul son coéquipier Jean Carpentier et lui-même s'en sortent après un saut en parachute. Capturés, ils sont internés dans un camp viet-minh.

« Mon frère m'a appris sa disparition, il m'a dit que c'était fini »

« Mon frère aîné m'a appris sa disparition à 12 h 30, raconte son épouse Yvonne [sa fiancée était à l'époque institutrice, NDLR], et il m'a dit que c'était fini. À 14 h, je suis retournée dans ma classe. »

Mais l'heure du soldat n'est pas encore venue. « Chaque jour, les prisonniers étaient réunis pour la leçon de catéchisme politique, explique Jean, aujourd'hui âgé de 90 ans. Les Viêt Minh nous bourraient le crâne avec de la propagande communiste. Sauf ceux qui allaient chercher l'eau à la rivière (stockée dans des gros bambous) ou le riz. On trichait en gardant une petite partie pour nous, qu'on faisait cuire en secret dans un casque. On faisait la cuisine pour le camp dans des bidons de 200 litres (bidons d'huile ou de carburant). »

6 prisonniers sur 10 ne sont pas revenus

Jean ne se plaint pas d'avoir été maltraité. Et il ne s'attarde pas plus sur la vie dans un « camp de rééducation » au milieu de la jungle : les longues marches, les interrogatoires, les corvées, les constructions d'abris, les maladies mal soignées, les morts à enterrer... Environ 60 % des prisonniers n'en reviendront pas.

Trois mois et demi de captivité dans un camp

À L'Hôpital-Camfrout, personne n'avait d'information. « Certains jours on espérait, soupire Yvonne, mais le plus souvent c'était le désespoir. Son petit-cousin [Jean-Claude Laot, 8 ans à l'époque] disait tout le temps qu'il allait revenir, mais on ne savait rien. »

Après trois mois et demi de captivité, Jean recouvre sa liberté le 19 août. Il ne se doute pas que, grâce à son voisin de chambre libéré quelques jours plus tôt, les autorités françaises le savaient vivant et en avaient informé sa famille. La nouvelle de sa libération définitive leur est parvenue le 20 août.

Ancien maire de L'Hôpital-Camfrout

Mariés l'année suivante, Yvonne et Jean connaîtront d'autres horizons : le Sénégal (1957 à 1959), le Maroc (1960 à 1962), ainsi qu'un voyage émouvant en 1993 au Viêt Nam.
Très engagés tous deux dans la vie locale, Jean Keromnes a été maire de 1984 à 2001. Un autre chapitre de sa vie...

Ouest-France Publié le 01/11/2021